Épargne pour les études de jumeaux : les options qui s'offrent aux parents bretons
Deux enfants nés le même jour, dans la même famille, mais deux calendriers d'études qui peuvent diverger. Le postulat selon lequel préparer la poursuite d'études de jumeaux reviendrait à financer deux fois le même parcours ne résiste pas à l'examen. Les orientations, les rythmes et les coûts des filières choisies par chacun diffèrent souvent, parfois du simple au double, sans qu'il soit possible de le prévoir à la naissance. La question centrale n'est donc pas tant le montant à réunir que la manière de répartir une capacité d'épargne entre deux projets qui ne se ressembleront pas forcément.
Deux enveloppes distinctes plutôt qu'un pot commun
La première décision porte sur la structure de l'épargne. Ouvrir un compte unique au nom des deux enfants simplifie la gestion, mais elle expose à un arbitrage difficile le jour où l'un entreprend des études coûteuses et l'autre une formation rémunérée ou courte. Le risque de sentiment d'injustice, au sein de la fratrie, est réel et documenté dans les situations de partage d'un capital commun.
La solution la plus répandue consiste à ouvrir un livret ou un contrat par enfant. Chaque versement est fléché, chaque capital suit sa propre progression. Cette séparation n'interdit pas de rééquilibrer plus tard, par des versements ciblés sur l'un ou l'autre, si les besoins se révèlent asymétriques. Elle impose en revanche de tenir deux comptabilités et de supporter deux fois les éventuels frais de gestion.
Les enveloppes disponibles et leurs contraintes
Le livret A et le livret de développement durable et solidaire restent les supports les plus utilisés pour l'épargne des enfants. Leur plafond est identique pour chacun, ce qui permet d'ouvrir un livret au nom de chaque jumeau. La disponibilité de l'argent y est totale, mais cette souplesse peut aussi devenir un inconvénient : rien n'empêche un retrait anticipé, y compris pour des dépenses sans rapport avec les études.
L'assurance-vie, souscrite au nom des parents avec des bénéficiaires désignés, ou au nom de l'enfant via un contrat dédié, offre un horizon plus long. Les fonds en euros sécurisent le capital, les unités de compte exposent à un risque de perte. Le choix de la répartition dépend de l'horizon : plus l'entrée dans l'enseignement supérieur est proche, plus la part sécurisée a vocation à augmenter. La fiscalité du contrat dépend de sa date d'ouverture et de l'âge du souscripteur, ce qui justifie un examen au cas par cas.
Le plan d'épargne avenir climat, créé pour les jeunes, est réservé aux moins de vingt et un ans et orienté vers des supports liés à la transition énergétique. Il présente une volatilité supérieure à celle d'un livret. Le compte-titres et le PEA, plus techniques, supposent une connaissance des marchés que tous les parents n'ont pas.
L'articulation avec les dispositifs d'aide
L'épargne familiale n'est pas le seul levier. Les bourses sur critères sociaux, attribuées sur la base des revenus et de la composition du foyer, prennent en compte le nombre d'enfants à charge. Deux jumeaux étudiants peuvent donc modifier le calcul du droit à bourse pour l'ensemble de la fratrie, ce qui n'est pas toujours anticipé.
Les aides au logement, les dispositifs des CROUS et les fonds d'aide d'urgence des établissements complètent le tableau. En Bretagne, plusieurs communes et départements soutiennent la mobilité des étudiants, notamment lorsque l'établissement choisi se situe hors de la région. Ces aides sont conditionnées à des plafonds de ressources qui intègrent l'épargne déclarée, mais pas les sommes placées sur un contrat d'assurance-vie non racheté.
Le prêt étudiant, garanti par l'État dans certaines conditions, constitue une alternative à l'épargne préalable. Il déplace le coût dans le temps plutôt que de le supprimer et suppose une capacité de remboursement à la sortie des études.
Ce que l'anticipation ne permet pas de résoudre
Aucune stratégie ne neutralise l'incertitude sur les parcours. Un jumeau peut intégrer une école publique à faible coût, l'autre une formation privée ou un cursus à l'étranger. L'écart de dépenses peut se creuser sans que les parents l'aient voulu, et sans qu'il soit possible de le corriger après coup.
La communication au sein de la famille sur les montants disponibles et sur les règles de répartition limite les malentendus. Certains parents fixent un plafond identique par enfant et complètent, le cas échéant, par un prêt au nom de l'intéressé. D'autres privilégient une enveloppe commune mobilisable selon les besoins, en acceptant le risque d'arbitrage. Les deux approches se défendent ; elles répondent à des conceptions différentes de l'équité, entre égalité stricte des montants et égalité des chances.
Le calendrier compte davantage que le montant. Un versement régulier, même modeste, sur quinze ans produit un capital plus élevé qu'une épargne concentrée sur les dernières années. La contrainte principale reste la capacité d'épargne mensuelle, qui varie fortement selon les revenus et le coût du logement, particulièrement tendu dans certaines zones littorales bretonnes. Les parents qui ne peuvent dégager qu'une somme faible n'ont pas pour autant intérêt à renoncer : l'anticipation, même limitée, laisse plus de marges au moment des choix d'orientation.

